Quotidiens montréalais pris en faute

 

La rentrée littéraire bat son plein et, comme il se doit, nous écrivons sur les dernières parutions ainsi que sur les publications qu’il faudra surveiller. Dans la pléthore d’articles portant sur le sujet, deux sont consacrés aux livres traduits. L’un deux est de la plume de  Christian Desmeules « Littérature étrangère — L’abondance des traductions » que l’on peut voir dans l’édition du 28 août du Devoir et l’autre « Rentrée québécoise : auteurs renommés et voix à surveiller », paru dans La Presse le même jour, est de Marie-Claude Girard. Malheureusement dans aucun de ces deux articles les noms des traducteurs ne sont mentionnés.

Dans l'esprit de défendre la place qui revient aux traducteurs et traductrices littéraires et de s’assurer que leur visibilité ne s’efface pas entre les lignes, un de nos membres ainsi que le conseil d’administration de l’ATTL ont pris l’initiative de commettre, chacun leur tour, une réponse aux quotidiens montréalais pris en faute.

 

 

Lettre de Lazer Lederhendler, traducteur littéraire, membre de l’ATTLC, au quotidien Le Devoir.

 À chaque rentrée littéraire, Le Devoir rend compte dans ses pages culturelles de la « petite avalanche » de traductions, pour citer le plus récent article de Christian Desmeules (« Littérature étrangère — L’abondance des traductions » édition du 28 août 2010).  Et chaque fois, quel que soit le chroniqueur, on fait semblant que les livres se traduisent tout seul, comme par magie. Or, ce qu’on lit quand on lit une traduction c’est une nouvelle version de l’œuvre de l’auteur, une version écrite par un traducteur ou une traductrice.  Alors, pourquoi cet escamotage? Pourquoi cet effacement systématique du rôle indispensable de ces spécialistes littéraires que sont les traducteurs?  N’est-il pas temps de reconnaître que sans leur art, le lecteur, placé devant un texte en langue étrangère, se trouverait dans une situation tout à fait comparable à celle d’une personne illettrée, voire analphabète? 

Avec mes salutations très cordiales,
Lazer Lederhendler

  

Lettre du conseil administratif de l’ATTLC à La Presse

 Le 27 août La Presse a publié un article intitulé « Rentrée québécoise : auteurs renommés et voix à surveiller L’abondance des traductions » par Marie-Claude Girard. Nous nous réjouissions de lire un article qui rend compte de plusieurs traductions d'œuvres littéraires canadiennes-anglaises et étrangères. Cependant, nous déplorons que La Presse ait passé sous silence le nom des traducteurs et traductrices qui signent ces versions françaises.

 

L'Association des traducteurs et traductrices littéraires du Canada, en tant que regroupement et porte-parole des artistes dans le domaine de la traduction littéraire, désire vous rappeler que  publications dont vous faites état n’est pas le résultat d’une intervention divine, mais bien humaine. En effet, c’est grâce aux traducteurs et traductrices littéraires que le lectorat francophone a la chance de lire en français « des traductions qui ont fait leurs preuves » d'auteures et d'auteurs tels que Wayson Choy et David Gilmour, auteurs primés au Canada anglais, ou Steven Galloway, Goran Petrociv et d'autres. Le nom des traducteurs et traductrices littéraires mérite donc d’être mentionné au même titre que celui des auteures et des auteurs, ne serait-ce dans une notice bibliographique. Il en va non seulement d’un geste de courtoisie en notre égard, mais aussi du respect de la Loi sur le droit d’auteur.

 

Victor Hugo a écrit : « Les traducteurs ont une fonction de civilisation. Ils sont des ponts entre les peuples. Ils transvasent l'esprit humain de l'un chez l'autre. Ils servent au passage des idées. C'est par eux que le génie d'une nation fait visite au génie d'une autre nation.  »

 

Nous vous remercions de l’intérêt que vous portez aux livres traduits, et espérons qu’il perdure. Dans vos articles à venir, nous aimerions vous voir reconnaître non seulement l’existence des traductions elles-mêmes, mais aussi le travail des traducteurs et traductrices littéraires qui leur ont donné vie.

 

Veuillez agréer nos salutations cordiales.

 

Le conseil administratif de l’Association des traducteurs et traductrices littéraires du Canada