Suzanne Cardin
(translation of Hugh Hazelton's poem)
Serra do Roncador

Je viens à toi
       Au pied des montagnes
       Une brume montante en myriade
       Des piliers de la jungle

Je viens à toi
       Sur le chemin au travers de la grande, des doux palmiers
       Et des fougères géantes
       En sentant la fraîcheur de la pluie

Je viens à toi
       Du pont lessivé
       Nous descendons tous du camion
       Et le reconstruisons avec l'immense rocher

Je viens à toi
       L'assistant conducteur lui scande
       «  Ne va pas te coucher, ne va pas te coucher »

Je viens à toi
       En attente au port fluvial
       Aux rues poussiéreuses et de la soirée de poker
       Avec le maître d'hôtel et ses copains

Je viens à toi
       Sur le toit d'étain du bateau
       Une fumée empilée assourdissante
       Fixée en haut de ce ciel d'Amazonie comme un menteur
       Poursuivant la carcasse d'un chien sauvage
       Pour mourir au soleil

Je viens à toi
       Cinq jours d'ennui et des autobus recouverts de boues
       En les regardant abattre la forêt
       Un rêve imaginé qui s'assoupit

Je viens à toi
       Avec un visage âgé et des mains de raté
       Empreints de plans et de désirs impossibles
       Une confiance réapparaît cabossée

Je viens à toi
       Parce que tu aimes
              Et que tu revendiques le bien fondé des autres
       Parce que tu consacres des heures à patauger dans les groupes à contre marées
              Que tu surveilles les formes de vie
       Parce qu'en faisant l'amour nous cessons d'exister
              Parce que tu existes
Je viens à toi

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