Isabelle Collombat
(translation of Hugh Hazelton's poem)

Serra do Roncador
je viens à toi
       des montagnes,
       la brume se lève en myriades
       piliers de la jungle

je viens à toi
       sur un sentier, entre les hauts palmiers rafraîchissants
       et les fougères géantes
       au parfum de pluie

je viens à toi
       la rivière a emporté le pont
       tous, nous descendons du camion
       nous le reconstruisons avec des pierres éparses

je viens à toi
       l'assistant du chauffeur lui psalmodie
       « ne t'endors pas, ne t'endors pas »

je viens à toi
       l'attente dans un port fluvial
       rues poussiéreuses et poker nocturne
       avec le gardien de l'hôtel et ses copains

je viens à toi
       sur le toit en tôle d'un bateau
       la cheminée assourdissante
       allongé, je contemple le ciel amazonien
       à côté, la carcasse d'un cochon sauvage
       qui se dessèche au soleil

je viens à toi
       cinq jours à faire du pouce, d'autocars couverts de boue
       à les regarder abattre la forêt
       à rêvasser, à m'assoupir

je viens à toi
       le visage plein d'âge et les mains pleines d'échecs
       empli de projets et de désirs improbables
       et de cette foi meurtrie, renaissante

je viens à toi
       parce que tu aimes
              que tu demandes justice pour les autres
       parce que tu passes des heures à patauger dans ces flaques oubliées par la marée
              à observer la vie qui y grouille
       parce qu'à faire l'amour, nous cessons d'exister
              parce que tu existes
je viens à toi

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