André Debbané
(translation of Hugh Hazelton's poem)
La sierra de Roncador
Je viens à toi
en dévalant la montagne
dans la brume qui, de la jungle
s'élève en myriades de piliers
Je viens à toi
sur un chemin traversant les frais palmiers
et les fougères géantes
à la senteur fraîche de pluie
Je viens à toi
le pont est délavé, détruit
tous descendons du camion
et le refaisons de pierres de fortune
Je viens à toi
l'aide du chauffeur est en train de lui chanter
« Ne t'endors pas, ne t'endors pas »
Je viens à toi
attendant dans le port d'une rivière
rues de poussière et soirées de poker
avec le gardien d'un hôtel et ses bons vieux copains
Je viens à toi
sur le toit en tôle d'un bateau
à la cheminée assourdissante
étendu à fixer le ciel amazonien
avec pour compagnon la carcasse d'un verrat sauvage
séchant au soleil
Je viens à toi
après cinq jours de randonnée à faire du pouce et sur des bus boueux
à les observer qui abattent la forêt
à rêver éveillé, à sommeiller
Je viens à toi
le visage vieilli et les mains pleines d'insuccès
rempli de projets et de désirs irréalisables
et d'une foi meurtrie, renaissante
Je viens à toi
parce que tu aimes les autres
et demandes que justice leur soit faite
parce que tu passes des heures à traverser les mares à gué, à marée basse
surveillant les manifestations de la vie
parce qu'à faire l'amour, nous cessons d'exister
parce que tu existes
Je viens à toi
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