Bertrand Laverdure Traduction libre
(translation of Hugh Hazelton's poem)

Serra do Roncador

Je viens vers toi
       de la montagne
       du brouillard s'éveillant de la jungle
       en myriade de piliers

Je viens vers toi
       sur un sentier de grands palmiers tièdes
       et de gigantesques fougères
       qui sentent bon la pluie

Je viens vers toi
       le pont emporté par la crue
       nous descendons du camion
       et le rebâtissons de pierres éparses

Je viens vers toi
       le co-pilote fredonnant au chauffeur
       « Ne t'endors pas, ne t'endors pas »

Je viens vers toi
       en attendant dans un port de rivière
       rues poussiéreuses et poker de fin de soirée
       avec le gérant de l'hôtel et ses comparses

Je viens vers toi
       sur le toit mince d'un bateau
       à la cheminée bruyante
       couché et fixant le ciel de l'Amazone
       tout à côté d'une carcasse de sanglier
       qui séchait au soleil

Je viens vers toi
       cinq jours de pouce et sur des autobus maculés de boue
       les regardant anéantir la forêt
       rêvassant, cognant des clous

Je viens vers toi
       avec un visage plus vieux et des mains d'échecs
       pleines de projets et d'impossibles désirs
       et une foi maltraitée qui tient encore la route

Je viens vers toi
       parce que tu aimes
              et demande justice pour les autres
       parce que tu passes des heures à fouiller dans les eaux de marée
              épiant toutes formes de vie
       parce qu'en faisant l'amour on cesse d'exister
              parce que tu existes
Je viens vers toi

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