Nésida Loyer
(translation of Hugh Hazelton's poem)

Serra do Roncador

je viens vers toi
       descendant des montagnes
       des colonnes de brume s'élèvent
       par milliers de la jungle

je viens vers toi
       le sentier traverse l'ombre des grands palmiers
       et des fougères géantes
       fraîche senteur après la pluie

je viens vers toi
       le pont est emporté
       nous descendons tous du camion
       et le reconstruisons avec des pierres éparses

je viens vers toi
       l'aide du conducteur lui répète sans cesse
       « ne t'endors pas, ne t'endors pas »

je viens vers toi
       en attente dans un port fluvial
       rues poussiéreuses, poker du soir
       avec l'hôtelier et ses copains

je viens vers toi
       couché sur la toiture en tôle du bateau
       bruit d'enfer de la cheminée
       yeux dans le ciel amazonien
       près du cadavre d'un porc sauvage
       racorni au soleil

je viens vers toi
       cinq jours de stop et d'autobus couverts de boue
       à les voir raser la forêt
       perdu entre sommeil et rêve

je viens vers toi
       le visage vieilli et l'échec sur ma main
       chargée de plans, d'impossibles désirs
       et une foi meurtrie, renaissante

je viens vers toi
       parce que tu es amour
              et que tu demandes justice pour les autres
       parce que tu passes des heures à patauger dans les flaques de marée
              à regarder les formes de vie
       parce que, dans l'amour, on cesse d'exister
              parce que tu existes
je viens vers toi

Home / Page d'accueil