Marie-Soeurette Mathieu
(translation of Hugh Hazelton's poem)
Sierra do Roncador
Je viens vers toi
du pied de la montagne
la brume s'élevant tel d'innombrables
piliers naissant de la jungle
Je viens vers toi
frayant un chemin entre de grands palmiers
et des fougères géantes
qui dégagent une fraîche senteur sous la pluie
Je viens vers toi
le pont n'est plus ce qu'il était
nous y sommes descendus et
entre amis l'avons rebâti de pierres vagabondes
Je viens vers toi
alors que le bras droit du chauffeur lui chante
« Ne t'endors pas, ne t'endors pas »
Je viens vers toi
attendant sur le quai d'une rivière
rues poussiéreuses et jeu de poker en soirée
avec l'hôtelier et ses fidèles copains
Je viens vers toi
sur le toit frêle du bateau
une cheminée assourdissante
vue sur le firmament couleur Amazone
allongé près d'une carcasse de sanglier
séchant au soleil
Je viens vers toi
cinq jours de démangeaison
dans un bus recouvert de boue
regardant les bûcherons dénuder la forêt
rêvant par la pensée, sommeillant des fois
Je viens vers toi
avec un visage vieilli et des mains avides
remplies de projets et de désirs inassouvis
des espoirs malmenés mais sans cesse renouvelés
Je viens vers toi
parce que tu aimes
et demandes justice pour autrui
parce que tu as passé des heures à flotter sur des eaux claires
regardant les formes de la vie
parce qu'en faisant l'amour on cesse d'exister
parce que tu existes
Je viens vers toi
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