Il n’est pas facile pour moi de parler des origines de notre association, puisqu’en 1975 je n’étais pas encore né… à la traduction littéraire, s’entend. Non, c’est faux. En 1970, alors que je complétais une maîtrise en études anglaises à l’Université de Montréal, au lieu d’une analyse littéraire que je devais soumettre comme devoir à un cours sur le théâtre irlandais au XXe siècle, j’avais écrit une adaptation en français québécois d’une pièce de théâtre de Seán O’Casey . Cette expérience m’avait fait comprendre que la meilleure analyse littéraire est celle que font les traducteurs et traductrices d’une œuvre en la traduisant. Et j’avais eu une bonne note de mon professeur, John O’Neil, un Américain d’origine irlandaise!

Ce n’est qu’en 1981, six ans après la création de l’Association des traducteurs littéraires du Canada / Literary Translators’ Association of Canada, que le regretté Ray Chamberlain, qui était alors responsable du recrutement de nouveaux membres, m’a convaincu de devenir membre de l’Association et de faire un peu de traduction littéraire dans mes temps libres, en plus d’enseigner à l’université comme chargé de cours et de faire de la traduction technique et administrative à plein temps à la Société des travaux de correction du Complexe-La-Grande (SOTRAC). 

À cette époque, c’était notre ami Ray Ellenwood qui était le président de l’ATLC/LTAC. Le premier livre que j’ai traduit, un essai de Rick Salutin intitulé Kent Rowley:  The Organizer, en français, Kent Rowley : une vie pour le mouvement ouvrier, paru en 1982 aux Éditions coopératives Albert Saint-Martin, m’a mérité une Mention d’honneur du Conseil des Arts du Canada. C’est Philip Stratford qui avait gagné le 1er prix.

Au printemps 1985, David Homel, qui avait succédé à Ray Ellenwood à la présidence de l’ATLC, m’a suggéré de poser ma candidature au poste de président. J’ai préféré me présenter au poste de vice-président pour cette année et les membres de l’Association ont accepté de prolonger le mandat de David comme président une année de plus. J’ai donc été président du printemps 1986 au printemps 1988. En 1988, nous avons élu une double présidence, Sherry Simon et Michel Buttiens se partageaient la tâche. Ce qui a fait dire à mon jeune garçon de six ans qu’il en avait fallu deux pour prendre ma place. 

C’est durant ma présidence qu’au cours d’une assemblée générale annuelle une proposition visant à reconnaître officiellement la place des femmes dans notre association a été mise de l’avant et la majorité des membres a décidé que nous nous appellerions dorénavant Association des traducteurs et traductrices littéraires du Canada (ATTLC). 

J’ai toujours été actif dans l’Association. Je tâche d’être présent et de participer à toutes les réunions locales. Avec mon bon ami Gérard Boulad, aujourd’hui disparu, nous organisions des rencontres entre traducteurs littéraires dans des restaurants où chacun lisait des extraits de livres qu’il ou elle était en train de traduire, échangeant sur les problèmes rencontrés et sur les solutions que nous avions trouvées, soit dans un texte, soit dans nos relations avec des éditeurs.

Au cours des ans, nous avons créé un réseau professionnel d’amis traducteurs qui se conseillaient et s’entraidaient. J’ai quelques fois travaillé avec des collègues, comme David Homel ou Howard Scott à la traduction/adaptation de longs métrages ou de séries télévisées en anglais et même en allemand. 

L’Association des traducteurs et traductrices littéraires du Canada est devenue pour moi une famille. Je suis toujours heureux de vous retrouver, anciens et nouveaux membres, lors des assemblées générales. 

Longue vie à notre Association!

Robert Paquin, Ph. D.

© Photo : Hélène Bughin