

Le temps est une drôle de chose. J’ai découvert Quand je ne dis rien je pense encore grâce à une amie, qui me l’avait déjà conseillé à sa sortie en 2021. Débordée de lectures, je ne l’ai pas lu immédiatement. Il est revenu vers moi quelques années plus tard et je l’ai aimé tout de suite. Par joie et par envie, j’ai alors commencé à le traduire, avec une amie, à Verdun dans un café dont j’ai oublié le nom. Et encore plus tard, après une candidature optimiste, en février 2026, j’ai eu la chance de passer deux semaines à la Maison de la littérature de Québec pour une résidence en traduction, cinq ans après mon premier contact avec le livre.
J’ai été chaleureusement accueillie par Juliette Berton qui m’a accompagnée tout au long du séjour. J’ai eu l’occasion de rencontrer la super équipe de la Maison de la littérature et de passer quelques dîners en leur compagnie. Merci! Plusieurs d’entre elleux se sont même prêté.e.s au jeu de me parler de leur lecture du moment pour un article de blogue que je rédigeais en parallèle. Et surtout, j’ai pu passer cinq jours avec Camille Readman Prud’homme, l’autrice du recueil sur lequel je travaillais.
Le contact avec Camille a été facile. En la rencontrant, j’ai pu découvrir son texte à travers ses yeux, voir des nouvelles facettes de sens, des nouvelles connexions entre les mots. Ce fut un grand privilège et surtout un vrai plaisir et une joie d’échanger sur le texte, de lui poser toutes mes questions et de plonger dans son univers poétique.
Nous avons changé de lieu de travail plein de fois, gaiement à la recherche du meilleur spot, de la plus belle lumière. Un matin dans mon appartement, l’après-midi dans celui de Camille, ou encore dans un petit coin caché de la bibliothèque. Nous avons partagé cet amour pour les détails. Une prise de courant inatteignable devenait une source de rire, un beau soleil matinal dans la bibliothèque-église, une occasion de contemplation. Notre toute dernière séance de travail, nous l’avons terminée dans la salle de spectacle de la Maison de la littérature, assise comme seul public face à la scène déserte pendant que le technicien commençait déjà à préparer la soirée de poésie.
Le temps s’étend quand on plonge dans un projet, c’est difficile à saisir. Il s’échappe. Combien d’heures faut-il pour développer une pensée, pour trouver le bon synonyme, la traduction juste? Combien d’allers-retours sont nécessaires? On ne sait jamais d’avance. Et en même temps, il y a la pression de la productivité omniprésente. Quelle joie ici de pouvoir tourner un mot dans tous les sens et de pouvoir être patiente avec mon cheminement. D’expérimenter la lenteur de traduction dans un quotidien et non dans des minutes volées entre des jobs et des rendez-vous. Un grand merci à Camille d’avoir accepté de se déplacer à Québec pour cette expérience, merci à l’ATTLC pour leur générosité et pour l’organisation et merci à la Maison de la littérature pour leur accueil chaleureux.
J’emporte de cette résidence le souvenir d’une collaboration précieuse et inspirante et celui du plaisir de la traduction à quatre mains. J’emporte aussi le souvenir de Québec en hiver, des 200 mètres parcourus chaque matin entre mon appartement et le fleuve pour y admirer la débâcle vertigineuse et un soleil glacial en mouvement.